Homosexualite 5 (Temoignages)

 

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Claude*, gay

«J'ai joué au hockey et au base-ball. J'ai fait de la danse. Avec ma sœur, on s'amusait à confectionner des vêtements de poupées. Ce qui ne m'empêchait pas d'aimer les voitures. A l'école, j'appréciais les cours de menuiserie et j'aurais bien voulu suivre ceux de cuisine. Mais c'était réservé aux filles! Mes parents n'ont jamais rien remarqué de particulier chez moi. Seul un prof leur a téléphoné, alors que j'étais adolescent, pour leur dire que j'avais peut-être des tendances.

J'ai eu des copains, des copines, des copains, des copines... jusqu'au jour, c'était vers 19-20 ans, où j'ai vécu une relation suivie avec un garçon. Depuis ce temps-là, je n'ai plus jamais eu envie de retourner de l'autre côté. Mon homosexualité s'est révélée très lentement, sans crise. Elle n'a rien à voir avec mon éducation. Ce sont les émotions qui ont dicté mon orientation.» A.P.

 

 

 

Pascale*, lesbienne

«Nous étions toujours beaucoup d'enfants, garçons et filles, à jouer ensemble. Dans ma chambre, les poupées côtoyaient les voitures. Je portais de temps en temps des robes et j'ai eu des cheveux longs jusqu'à 15 ans. C'est à cet âge-là, probablement, que j'ai été pour la première fois amoureuse d'une fille. Je dis «probablement» parce que, sur le moment, je ne le savais pas. Ce n'est que dix ans plus tard que je m'en suis rendue compte.

J'ai dû attendre d'avoir 18 ans avant de sentir que j'étais plus attirée par les filles que par les garçons. Quoique... J'ai encore été amoureuse d'un homme à 24 ans. En y réfléchissant, il y a quand même un moment où mon orientation a été évidente. Il s'est alors agi de savoir si je l'assumais ou non. Mes parents? J'ai l'impression que même quand c'était devenu évident pour moi, et qu'ils auraient dû le voir, eh bien ils n'ont rien vu!» A.P.

 

1. J’ai vingt-deux ans, je suis homosexuel, je vis avec mon compagnon depuis juillet 1999. Il a trente-trois ans, il est séropositif et a été incarcéré en mars 2001. Nous avons été arrêtés ensemble et écroués dans la même maison d’arrêt. J’ai été libéré en mai. Lui est toujours en prison. Ce témoignage le concerne.

En mai, mon ami devient auxiliaire à la maison d’arrêt, son travail consiste à servir "la gamelle" aux autres détenus. En novembre, en compagnie de son codétenu, il surprend un surveillant en train de déchirer une lettre et de voler les timbres contenu dans l’enveloppe. Après vérification, il s’agit du courrier d’un détenu. Mon compagnon interpelle le surveillant pour lui signaler que ce n’est pas légal, celui-ci rétorque "ta gueule, PD !". Il décide alors de s’adresser au chef de secteur. Après une enquête, il est décidé que le surveillant ne travaillera plus dans le bâtiment dans lequel se trouve mon compagnon.

Dans le même temps, la situation de mon ami se complique très rapidement. La division où il est affecté apprend qu’il est homosexuel. Et qu’il est séropo. Par crainte de contamination, les détenus réclament qu’il cesse de les servir. Quelques jours après cette plainte, on le transfère. L’Administration pénitentiaire déclare qu’il n’est "pas apte" à exercer ce travail. Il est dans envoyé dans un autre bâtiment qu’il doit quitter deux heures après son arrivée pour une nouvelle division. Il s’agit de la division dans laquelle le surveillant a été muté.

Lorsqu’ils se rencontrent, celui-ci lui glisse : "Pour moi, t’es déjà mort. Tu vas vivre un véritable enfer". Et en effet, le maton fait circuler dans la division suffisamment de bruits pour déchaîner insultes et représailles physiques. Coups de pieds dans les portes, agressions, pression constante. Plus de balades. Plus de douches. Plus d’appétit. Il est terrorisé. En prison, être homosexuel, c’est la pire de choses.

Mi-décembre 2001, nous obtenons enfin son transfert dans une autre maison d’arrêt. Quelques jours après son arrivée, un médecin lui délivre un certificat médical attestant que c’est un patient particulièrement fragile et sensible, qui doit être placé en isolement en raison de sa pathologie. Le chef de secteur refuse pourtant ce certificat médical. Mon ami est désormais sous traitement. On lui fournit des médicaments sans qu’il ne connaisse les prescriptions. Depuis un mois et demi, il demande à accéder à son dossier médical afin de savoir précisément ce qu’on lui prescrit. À ce jour nous n’avons toujours aucune réponse. Mais le pire s’est produit récemment. Au moment où vous lisez ce témoignage, mon ami est dans un service psychiatrique, suite à une tentative de suicide. Je viens d’apprendre qu’il a été violé par trois détenus sous les douches quelques jours avant son transfert. Comme d’habitude en prison, ses cris n’ont pas été entendus. Les trois détenus, les surveillants ont probablement tous supposé qu’un homosexuel apprécierait de se faire enculer violemment par des inconnus. En 11 ans, mon ami aura donc subi deux viols en milieu carcéral.

Première incarcération : premier viol : transmission du VIH. Deuxième incarcération : second viol : tentative de suicide. Dois-je encore espérer le voir sortir de cette prison, ou dois-je déjà prévoir sa place au cimetière et la plaque sur laquelle serait inscrite : Assassiné avec la complicité de l’Etat de ce beau pays, la France. Torture, viol, contamination, non-respect des droits élémentaires à la santé, etc. Ces pratiques sont le fait de l’Etat et des juges qui maintiennent en prison des personnes qui ne devraient pas s’y trouver, qui entretiennent homophobie et discriminations.

 

2. "(...) J'ai longtemps hésité à choisir l'enseignement à cause de mon homosexualité, j'avais peur d'être chahuté à cause de cela. D'autre part, je pense que cela peut créer des problèmes avec les parents d'élèves qui peuvent s'imaginer qu'il est dangereux de confier leurs enfants à un homosexuel. J'ai pour ces raisons, longtemps cru que l'homosexualité et enseignement étaient incompatibles. L'existence d'Aglaé me prouve le contraire. Mais, je crains aussi que cela pose un problème pour l'admission au Capes.Des membres du jury devinant qu'ils ont affaire à un homosexuel peuvent penser qu'il ne pourra pas tenir une classe et se fera facilement chahuter. Je pense que mon homosexualité se devine assez facilement. Je viens d'enseigner un an dans un petit cours privé. Les élèves étaient peu nombreux. Petit à petit, ils ont posé des questions: " Vous êtes marié? "Vous avez une copine?" et même "Vous êtes pédé?" Bien sûr, je n'ai jamais dit clairement que j'étais homosexuel. Mais, je n'ai pas menti. J'ai répondu que ce genre de sujet n'avait pas à être abordé entre nous. Je crois cependant que les jeunes sont plus compréhensifs que les générations précédentes. Il faudra faire comprendre aux gens que deux hommes et deux femmes peuvent s'aimer et former un véritable couple. Pendant des années, j'ai menti. Maintenant, j'y arrive plus; j'ai perdu ce réflexe. Mentir, c'est se faire passer pour quelqu'un d'autre que soi. C'est insupportable(...) Mes amis homosexuels ne sont pas enseignants, et mes amis enseignants ne sont pas homosexuels. C'est pour l'instant deux mondes à part".

 

 

3. L’homosexualité en milieu professionnel n’est jamais une mince affaire, plus encore en milieu scolaire. L’enseignant homosexuel renonce généralement à la parole ou plutôt à sa parole faite de sa spécificité, de son affectivité, de sa subjectivité, de sa personnalité construite par cet attachement amoureux pour les personnes de même sexe. L'enseignant homosexuel préfère se taire, étouffer ses ressentiments, baisser leurs yeux, voire raser les murs en ruminant un tas de pensées contradictoires. Il bannit certains noms et tous les pronoms bien trop personnels. Le silence des enseignants homosexuels tient d'abord à la fonction. Ils s'adressent à des enfants.
Plus prégnant qu' ailleurs, les amalgames fâcheux entre homosexualité et pédophilie, la crainte des réactions des parents, des collègues et de la hiérarchie font que l'enseignant homosexuel oublie qu'il est aussi de nos jours un éducateur.
Certes, l'enseignant incarne la norme; une norme à laquelle -selon les critères de quelques bien-pensant- les enseignants homosexuels ne participent pas.
L'enseignant participe à la formation de l'enfant pour l'intégrer à la société, donc à un ensemble de normes et valeurs sociales communément partagées. Nous autres, enseignants (quelle que soit notre orientation sexuelle) sommes des agents de socialisation de la jeunesse.

 

Nous véhiculons les normes d’une époque.
Or, force est de constater que l’homosexualité et la bisexualité ne participent pas de ces normes actuelles. Parfois, la société d’un pays n’étant guère bienveillante à l’égard des “homos”, l’homosexualité devient une anormalité. On se souvient des remous provoqués en 1978 par les propos de la chanteuse américaine Anita Bryant qui avait vitupéré contre les homosexuels et repris les propos du sénateur américain J.Briggs d'un référendum pour inscrire dans la loi de l'Etat de Floride l'exclusion immédiate de tout enseignant se déclarant homosexuel. Les enseignants masculins homosexuels sont souvent victimes des stéréotypes sociaux, des clichés dévalorisants, de rumeurs infâmes. Il converge vers eux nombre de fantasmes sociaux, d’idées toutes faites, de préjugés. Ils intriguent les collègues et les parents d'élèves. Outre l'amalgame entre pédophilie et homosexualité, l'enseignant homosexuel paraît susceptible d’influencer l'élève, de lui présenter une image par trop favorable qui le détourne du "droit chemin". On imagine l'enseignant homosexuel "visibilisé" comme un dangereux objet de promotion d'une pratique sexuelle qui demeure encore honteuse dans de nombreuses familles. La fréquentation sociale d'homosexuels ne joue en rien dans l'orientation sexuelle à venir. Les pratiques homosexuelles ne sauraient s'aborder sous la contrainte. S'il est des individus curieux, seuls les "réel,le,s homo-sexuel,le,s" poursuivront une sexualité avec des personnes de même sexe. Il s'agit d'une question de désir et d'homo-érotisme qui relève davantage d'un développement personnel affectif. Des histoires de vie nous apprennent que souvent l'attirance pour des personnes de même sexe apparaît avant l'âge de sept ans, sans que l'enfant n'y mette un nom ou en prenne davantage conscience.

Ces mêmes témoignages nous confient aussi que les idées de détournement ne tiennent pas. Si le jeune adulte se tourne vers des semblables plus âgés, l'explication serait vraisembla-blement à rechercher dans le besoin de retrouver un parent absent dans un contexte de développement affectif se poursuivant. Cela valant quelle que soit la sexualité.

Le rapport pédagogique est un rapport tout à fait particulier qui est fondé sur ce que les psychanalystes appellent un rapport de transfert. On peut schématiquement dire qu'un élève apprend s'il aime son professeur, s'il l'admire et s'il considère que le professeur a une autorité. L'autorité de celui qui sait. Le ressort de l'éducation repose sur la relation.

 

L’enseignant homosexuel enseigne avec ce qu’il est, c’est-à-dire avec son orientation homo-amoureuse qui est une composante de son individualité parmi d’autres. Elle influence l’inter-relation, la relation pédagogique. La psychanalyse nous apprend qu’être enseigné est frustrant, que l’enseigné subi une violence. Il n’y a pas d’emblée une pulsion d’apprentissage. L’envie de savoir naît dans la relation pédagogique, dans la relation avec l’éducateur. Elle s’étaye sur une relation d’admiration, un ressort d’ordre affectif.
Nous savons que le petit enfant apprend aussi à marcher parce qu'il aime ses parents et qu'il souhaite leur faire plaisir. Le professeur a besoin de cet espèce d'amour de la part de l'élève pour enseigner. On peut penser qu'il aura beau faire un cours de maths ou d'histoire très brillant, la plupart des enfants n'assimileront pas les connaissances s'il ne s'est pas établi entre l'élève et le professeur un rapport de l'ordre de la séduction . Naturellement ce sentiment doit être encadré afin d'éviter toute dérive. Il faut des interdits et des limites bien définies, que chaque professeur en ait conscience. Or dans la formation aucune réflexion n'est tenue sur le ressort affectif de l'acte d'enseigner, les bornes à tenir.

Nous souhaiterions que cette dimension étayée par un savoir d'ordre psychanalytique se développe dans toutes les formations initiales et continue des enseignants; qu'ils soient informés, qu'ils y réfléchissent à partir de leur propre pratique enseignante, que cette formation ait un caractère obligatoire afin de mieux respecter en général les élèves et éviter des comportements adultes déviant de la fonction d’éducateur, des abus sexuels indignes.

La pédophilie est une agression sexuelle qui viole l'enfant et la loi. Elle est une attirance sexuelle pour les enfants pré-pubères.

Nous autres, enseignant,e,s homosexuel,le,s - condamnons sévèrement d'éventuels collègues qui profiteraient d'une situation d'enseignement, supérieure à celle de l'élève pour l'abuser. S'il faut prévenir ces malheureuses agressions, il ne s'agit pour autant de désigner les enseignants homosexuels comme des pédophiles-agresseurs sexuels en puissance. Nous condamnons toute affirmation publique du genre: "homosexuel aujourd'hui, demain pédophile". Les enseignants homosexuels sont des professionnels de la pédagogie et d'un savoir et de savoir-faire à transmettre aux élèves dont les vocations et la responsabilité professionnelle sont égales à celles des enseignants hétérosexuels.

Leur orientation amoureuse pour des personnes de même sexe n'interfère dans leur métier. Les chiffres, certes toujours trop fort, présentent que les enseignants agresseurs sexuels d'enfants et d'orientation homosexuelle sont peu nombreux. Il semble que les hommes violés par un autre homme plus âgé ont tendance à reproduire cette forme particulière d'abus. Cela revêt alors une fonction d'exorcisme, une conjuration du malheur vécu antérieurement, puis finalement comme un élément de compensation. Cela vaut aussi pour les violences sexuelles exercées contre les femmes. Notre expérience associative nous amène à penser que les enseignants homosexuels sont souvent plus interpellés par les notions d'éducation sexuelle et de protection de l'enfance. Ils souhaitent que les enfants soient les premiers à se protéger de leurs éventuels agresseurs de leurs éventuels agresseurs grâce à des méthodes éducatives adaptées.

Nous affirmons qu'une éducation au corps dès la maternelle est le moyen le plus sûr pour protéger la jeunesse de toutes agressions. Nous nous réjouissons que la loi du silence soit enfin rompue pourvu que cela débouche sur de nouvelles perspectives éducatives dans le domaine des violences sexuelles. C'est un aspect fondamental pour le respect des valeurs dans notre société qui doit aussi dénoncer à l'avenir les gestes et pratiques incestueuses toujours passées sous le silence et l'enfermement familial et qui souligne un dysfonctionnement de la cellule familiale en péril. Les discours sur les fantasmes de promotion et prophylaxie de l'homosexualité nous paraissent fort peu sérieux et relever de l'intoxication ou d’une homophobie très malsaine pour mieux maintenir dans le silence ce "douloureux problème". Nous condamnons dans cet esprit la clause 28 votée en Grande-Bretagne qui interdit toute discussion ou approche de l'homosexualité dans les établissements scolaires afin d'éviter tout prosélytisme homosexuel..

Les enseignantes lesbiennes sont généralement moins stigmatisés que leurs homologues masculins. Leur invisibilisation sociale est aussi valide dans les établissements scolaires. L'école n'échappe pas à tous les mépris et préjugés de la société en général. Nous savons même, par exemple, que des enseignantes lesbiennes allemandes exerçant en Bade-Wurtemberg s'étant déclarées lesbiennes déplorent que la plupart de leurs collègues font comme si de rien n'était. Elles demeurent toujours invisibles. Leur réelle identité est toujours niée malgré leur "sortie du placard"...
Le vécu des éducateurs, éducatrices spécialisé,e,s n’est guère enviable. Plusieurs témoignages, qui nous sont parvenus, ont signalé leur invisibilité, la difficulté d’une parole particulière et libératrice lors de concertation; où ils peuvent assister, par exemple, à la séparation, par décision de l’équipe de médecins et psychologues, de couples de jeunes handicapés de même sexe.

 

Pour conclure, provisoirement ce chapitre, nous souscrivons pleinement aux propos de Liliane Sher, enseignante et chercheur à Amsterdam, pour laquelle: “Les enseignants homosexuels pourraient intervenir comme agents libérateurs mais aussi critiques dans le sens scientifique du terme en remettant en cause les idées reçues”. Mais, il leur faudra, auparavant, le temps, les moyens, les facilités d’une émancipation personnelle. Cela passera nécessairement par une opinion publique plus favorable aux homosexuel,le,s , dont les unions seraient légalisées. L’adoption du PACS , ainsi que l’extension des lois Gayssot sur les condamnations pénales des incitations à la haine raciale étendue à la haine homophobe serait pour eux un signal fort, et mobilisateur d’une nouvelle énergie pour inventer de nouveaux outils éducatifs qui pourraient aussi s’appuyer sur ce qui fait loi, telle une assise fondamentale.

 

4. Un sondage effectué auprès de professeures exerçant au Bade-Wurtemberg nous informe qu'à la question "qui sait dans ton établissement que tu es lesbienne?" 25% ont répondu personne, 18% une collègue et 57% quelques collègues triées sur le volet. A la question: comment as-tu dévoilé ton orientation sexuelle?", la plupart a choisi de faire allusion en citant "l'amie" au cours de discussions sur les vacances ou les activités de loisirs. Les enseignantes allemandes ont très rarement perçu des réactions négatives. Deux ont été confrontées à des vexations d'ordre sexuel de la part de collègues masculins, l'écrasante majorité n'a rencontré qu'indifférence et silence après sa sortie du placard. Le quart des femmes qui a renoncé à la visibilité l'a fait par crainte du rejet, de la discrimination, de la détérioration des relations avec leurs collègues et pour les professeurs de religion (matière obligatoire jusqu'à 17 ans dans l'enseignement secondaire allemand) la peur de perdre leur poste. Ces lesbiennes souffrent avant tout, de ne pouvoir vraiment être elles même qu'à moitié, de manquer de spontanéité et de gaspiller de l'énergie à s'autocensurer. Quant à celles qui se sont déclarées lesbiennes, elles déplorent que la plupart de leurs collègues continuent à faire comme si de rien n'était dans les discussions portant sur la vie quotidienne. Ce désintérêt est ressenti comme un refus de leur vraie identité. Enfin, aucune des enseignantes sondées ne s'est manifestée en tant que lesbienne auprès des élèves. (article paru dans Lesbia Magazine en septembre 1996).

 

Quelques extraits du livre de Armstead Maupin "Les chroniques de San Francisco" faisant référence à la campagne anti-prof homo mené par la chanteuse Anita Bryan à la fin des années soixante-dix; aux Etats-Unis.

Les lignes suivantes sont extraites d'un roman dont la fiction repose sur quelques éléments d'une réalité qui ébranla l'amérique homosexuelle et plus particulièrement le monde de l'éducation. Lisez avec attention ces passages qui soulignent l'amalgame (facile et honteux) fait entre homosexualité, pédophilie et détournement de la jeunesse en laissant entendre que finalement l'homosexualité est l'incarnation d'un certain vice. Sachez par ailleurs que les Chroniques de San Francisco sont une oeuvre drôle et originale qui nous plonge dans les années hyppies, la libération des moeurs, et le parcours d'hommes et de femmes homos et hétéros attachants.Selon Christopher Isherwood, c'est une "lecture grisante"...

 

<< Le seul problème qu'on a maintenant, c'est avec les homosexuels. Tu ne dois pas être au courant. Tout a commencé quand la commission du comté de Lade a passé une loi en faveur des homosexuels. La loi dit qu'on ne peut pas refuser de les embaucher ou de leur louer une propriété et Anita Bryant s'est élevée contre cela, elle qui est une mère de famille chrétienne avec quatre enfants et a été nominée pour Miss Amérique et tout et tout, et tous les gens normaux et chrétiens de Miami l'ont soutenue à cent pour cent. Nous, on s'en est pas tellement préoccupé, évidemment, parce qu'on n'a pas autant d'homosexuels dans le coin qu'à Miami. Papa dit qu'ils aiment les plages. Enfin, quoi qu'il en soit, en un rien de temps, un groupe d'homosexuels a essayé de forcer la Commission des Agrumes à ne plus passer la pub d'Anita Bryant à la télé. Tu imagines ? Anita a répondu qu'ils n 'avaient qu 'à le faire, si c'était le prix à payer pour que ses enfants puissent circuler en toute sécurité dans les rues de Miami. Dieu la bénisse. Je ne serais pas autant au courant de tout ça si Etta Norris (la mère de Bubba) n 'était pas passée mardi pour voir Oral Roberts sur notre nouvelle télé couleur. Elle m'a dit qu'elle recueillait des signatures à Orlando pour une pétition de soutien à l'association d'Anita Bryant, « Protégeons nos Enfants ». J'ai signé tout de suite, mais papa a dit qu'il ne voulait pas signer parce que tu étais grand et que son fils n 'avait pas besoin qu'on le protège des homosexuels. Je lui ai dit que c'était pour le prinicipe et puis aussi, qu'est-ce qu 'on ferait si les homosexuels arrêtaient de boire du jus d'orange ? Il a dit que la plupart n'en buvaient pas, mais il a quand même signé. Nous sommes allés à notre première réunion dans une salle du Fruitland Bowl-a-Rama. Etta a dit que le plus important était de montrer à Anita Bryant qu 'on la soutenait. Elle a aussi dit qu 'il fallait préciser dans la pétition que nous n'avions pas de préjugés, mais que nous pensions que les homosexuels n 'étaient pas des exemples convenables pour les enfants à l'école. Lolly Newton a dit qu'elle pensait qu 'il fallait aussi parler des profs, parce que si un prof fait sa tapette devant les enfants toute la journée, les gosses finiront par devenir aussi des tapettes. Ralph Taggart a soutenu la proposition. Ton père n'a pas arrêté de me dire de me taire et de ne pas me ridiculiser, mais tu me connais, il afallu que j'y mette mon grain de sel. Je me suis levée et ~ proposé que nous nous met-tions tous à genoux pour remercier le Seigneur que quelqu'un d'aussi célèbre qu 'Anita Bryant ait pris les devants pour com-battre les forces de Sodome et Gomorrhe. Etta a dit qu'on le mettrait dans nos résolutions et j'en ai été très fière. (...). Tu te souviens que dans ma dernière lettre, je te disais nous n'avions rien dit dans notre résolution à propos des locations aux homosexuels, parce que Lucy McNeil loue son garage à celui qui vend des tapis à la galerie marchande Dixie ? Je pensais que ça valait mieux, parce que Lucy est quelqu'un qui ne fait pas d'histoires et qui a des problèmes d'intestins, et que ce ne serait pas chrétien de lui causer inutilement du souci. Je crois que le type qui a dit que la route de l'enfer est pavée de bonnes intentions avait raison, parce que tout d'un coup Lucy est devenue une militante de la cause des homosexuels.. Elle a dit qu'elle ne voulait pas signer la résolution de « Protégeons nos Enfants » ; elle nous a traités de païens et d'hypocrites. Que le Seigneur ne nous laisserait même pas lui baiser les pieds s'il revenait sur la terre demain. Tu imagines une chose pareille. J'étais vraiment dans tous mes états après la réunion jusqu'au moment où papa m'a tout expliqué. Tu sais, je n'y avais jamais bien réfléchi, mais Lucy ne s'est jamais mariée, et pourtant elle était mignonne comme tout quand on allait au collège ensemble. Elle aurait pu trouver un bon mari; si elle avait voulu. En tout cas, papa m'a fait remarquer que Lucy suit des cours d'art moderne à la YMCA, qu'elle porte des chemises indiennes et des vêtements hippies, alors je me dis c'est possible que les lesbiennes aient réussi à la recruter C'était vraiment dur à croire, quand même. Elle était tellement jolie. (...) Nous prions tous le Ciel pour que la motion de Miami passe. Si tous les homosexuels ont le droit d'enseigner à Miami, la même chose risquerait de se produire à Orlando. Le révérend Harker dit que la situation est tellement grave à Miami, que les homosexuels s 'embrassent en public. Ton papa n'y croit pas, mais moi, je dis que le diable est beaucoup plus rusé qu'on ne croit.>>

 

 

   

 

 

 

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