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" L'homosexualité du parent n'est pas un facteur de risque pour l'enfant "

Stéphane Nadaud est pédopsychiatre, auteur d'une thèse de médecine sur des enfants élevés ou conçus par des parents homosexuels et également auteur d'un ouvrage sur l'homoparentalité.

Quel était le but de votre thèse ?

Stéphane Nadaud. Il était double. Tout d'abord, il s'agissait de pouvoir fournir aux professionnels de la santé mentale de l'enfant - psychiatres, psychologues, travailleurs sociaux... - des bases les moins soumises possibles aux fantasmes sur la question de l'homoparentalité. Beaucoup de choses théoriques ont été écrites sur les risques psychologiques pour les enfants, mais d'un point de vue concret en France, rien n'avait été fait sur la population en question. J'ai donc cherché à étudier d'un point de vue pragmatique les grands traits de comportements de ces enfants. J'en ai rencontré cinquante-huit entre quatre et seize ans et j'ai appliqué les protocoles habituels. Ces enfants s'adaptent-ils de la même façon que les autres enfants de leurs âges ? Au niveau de la potentialité, de leur sociabilité, correspondent-ils aux enfants de la population générale ? J'ai fait passer des questionnaires de comportements aux parents, comme toujours pour ce type de recherche. Ce ne sont pas des questionnaires d'évaluation des comportements, mais bien de description, exemple : " Votre enfant fait-il toujours pipi au lit ? Oui ou non ? "

Quelles conclusions tirez-vous de cette étude ?

Stéphane Nadaud. Premièrement, les profils comportementaux de cette population ne semblent pas différer de ceux de la population générale. Ces enfants ne souffrent pas plus de troubles pathologiques parce qu'ils sont élevés dans une famille monoparentale. Deuxièmement, je démontre que l'homosexualité du parent ne semble pas comporter en soit de facteurs de risques pour l'enfant. Parmi ces cinquante-huit enfants, ceux qui semblent avoir le plus souffert, sont ceux nés dans une famille de parents hétérosexuels, puis qui ont vécu la séparation de leur père et de leur père et qui sont ensuite éventuellement élevés par une famille homoparentale. Mais c'est bien la séparation des parents qui est le plus dur à vivre pour l'enfant et non pas leur sexualité.

Vous sortez un ouvrage intitulé : Homoparentalité, une nouvelle chance pour la famille ?. Qu'entendez-vous par " nouvelle chance " ?

Stéphane Nadaud. Le titre est un peu provocateur. Je pense que la famille n'est pas une instance figée, mais en constante évolution. Comme la société dans son ensemble. Imaginer un modèle unique familial comme fondement de la société, c'est imaginer une société qui ne bouge jamais, une société totalitaire. L'homoparentalité pointe du doigt le fait que la famille a des formes de plus en plus diverses, elle n'est plus seulement la famille nucléaire. · côté de l'homoparentalité existe également la coparentalité, la monoparentalité, c'est-à-dire des cadres de familles de plus en plus nombreuses. Dans les années soixante-dix, il était mal vu de défendre la famille dans les milieux de gauche. La famille comme institution bourgeoise devait être systématiquement éclatée. En étudiant également la philosophie, en particulier la notion de capital et de famille, je me suis rendu compte, notamment chez Marx, qu'on ne savait pas trop quoi faire de la famille. Or, je pense qu'une société, pour se construire, a besoin de la famille. Et ces nouvelles familles sont extrêmement constructives pour nos sociétés. Si la famille ne bouge pas, la société non plus. Et, encore une fois, une société qui ne bouge pas est une société qui meure.

Propos recueillis par M.D.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Homoparentalité et intérêt de l'enfant

Le rejet de l'homoparentalité et, a fortiori, de l'adoption d'un enfant par un ou des parents homosexuels est généralement justifié par des craintes pour le bien-être de l'enfant. Lorsque la Cour européenne a choisi, en février 2002, de confirmer la légitimité du refus d'agrément à un individu désirant adopter du seul fait de son homosexualité, l'un de ses arguments a été que la communauté scientifique était justement divisée sur la question de l'intérêt de l'enfant. Toutes les études récentes sur la question semblent pourtant démontrer que psychiatres, psychologues et autres spécialistes de l'enfance ne sont pas si divisés que certains veulent bien le laisser entendre.

En 1991, une enquête de l'American Psychological Association arrivait à la conclusion suivante : "Il est évident que l'homosexualité est compatible avec un rôle efficace de parent, que les lesbiennes et les gays qui sont parents sont aussi aptes dans leurs rôles que les hétérosexuels, et que la vie familiale qu'ils assurent est au moins d'aussi bonne qualité. Les enfants ne semblent en aucune façon être en position de risque à cause de l'homosexualité parentale." L'étude avançait que la qualité de la relation parentale primait sur tout le reste, et que l'essentiel pour les enfants était d'avoir des adultes cohérents avec de bonnes compétences éducatives. Sur la question de la discrimination, c'est-à-dire sur les moqueries que peuvent subir les enfants de gays et de lesbiennes de la part des autres enfants, l'enquête affirmait qu'ils n'avaient pas plus de problèmes psychologiques que les autres. Un parallèle était fait avec les familles des minorités raciales et ethniques : les enfants peuvent être confrontés à des discriminations, mais ils apprennent à les combattre, notamment avec l'aide de leurs parents.

En 1994, une étude britannique sur des jeunes adultes élevés par des mères hétérosexuelles et d'autres élevés par des mères homosexuelles démontrait qu'il n'existait aucune différence de comportement entre les deux groupes. Cette étude signalait par ailleurs que 91 % de ceux qui avaient été élevés par des mères homosexuelles étaient hétérosexuels.

En France, Stéphane Nadaud, dans sa thèse de doctorat de médecine sur les enfants élevés par des familles homoparentales, arrive aux mêmes conclusions. Soutenue en octobre 2000, la thèse de ce jeune pédopsychiatre s'intitulait Approche psychologique et comportementale des enfants vivant en milieu homoparental, et concernait 58 jeunes âgés de 4 à 16 ans. Selon ces travaux, ces filles et ces garçons ne "vont pas plus mal que les autres", et ne "présentent pas de pathologie particulière" au motif qu'ils sont élevés par des parents homosexuels.

Stéphane Nadaud, qui s'est dit "étonné" par la décision de la Cour européenne, avait eu envie de travailler sur le sujet à cause des "a priori" véhiculés par certains de ses confrères. Pour lui, "l'homosexualité ne constitue pas, en soi, un facteur de risque", et pour une raison finalement très simple : "Depuis 1983, elle ne fait plus partie de la classification internationale des maladies mentales, établie par l'Organisation mondiale de la santé."

L'Académie américaine de pédiatrie (AAP), qui regroupe plus de 55 000 médecins, a annoncé, en février 2002, qu'il n'existe aucune raison légitime pour empêcher un individu ou un couple homosexuel de devenir parent. L'institution recommande d'ailleurs que les enfants élevés par des couples homosexuels soient adoptés par le partenaire de leur parent, estimant que "les enfants naturels ou adoptés d'un partenaire dans un couple d'homosexuels masculins ou de lesbiennes ont droit à la sécurité (qu'apportent) deux parents légalement reconnus". L'AAP affirme que la sécurité des enfants est mieux assurée par deux parents reconnus juridiquement comme tels : "L'adoption par le second parent protège le droit de l'enfant à garder des relations avec les deux parents", en cas de disparition du père ou de la mère, ou de séparation du couple. La stabilité apportée par un second parent légal joue en matière de droit de garde ou de visite, de couverture médicale (largement privée aux Etats-Unis), de responsabilité juridique et de sécurité financière pour l'enfant.

La crispation sur l'homoparentalité relèverait donc plus du préjugé qu'elle ne s'appuierait sur de réels critères scientifiques. Les Pays-Bas et la Suède ont, pour leur part, dépassé ce qui apparaît comme une barrière psychologique en officialisant cette catégorie parentale : parents homosexuels, certes, mais parents avant tout.

 

 

                                                                               

 

 

 

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